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Lorsque le chatbot Grok a été pris en flagrant délit de génération de deepfakes pornographiques de femmes et d'enfants à leur insu et sans leur consentement, le géant de la tech Elon Musk s'est empressé de défendre sa machine et de présenter le scandale comme un effet secondaire du libre arbitre des utilisateurs.
Pour moi, ce scandale était personnel. Ma propre image a été parmi les premières à être manipulées. Mes vêtements ont été effacés numériquement. Mon visage a été intégré à des situations sexuelles sur lesquelles je n'avais aucun contrôle et auxquelles je ne souhaitais absolument pas participer. Je me souviens l'avoir regardée et m'être sentie exposée d'une manière difficilement explicable à quiconque ne l'avait pas vécue. Peu importait que l'image soit fausse. Le sentiment de violation était bien réel.
Je suis catholique et j'ai été élevée dans la conviction que le corps est inviolable et intrinsèquement lié à la divinité de Dieu. L'Écriture est sans équivoque sur ce point. « Ignorez-vous que vos corps sont des membres du Christ ? » demande saint Paul. « Vous ne vous appartenez pas ; vous avez été rachetés à grand prix. Glorifiez donc Dieu dans votre corps » (1 Corinthiens 6, 15.19-20). Cette conviction est difficile à accepter dans une culture qui traite les corps comme de la matière première pour le divertissement sexuel, facilement manipulables pour satisfaire le regard du spectateur.
Mais ce que Grok a révélé n'était pas qu'un simple échec technologique. Cela a montré à quel point le langage de la pornographie s'est infiltré dans la culture populaire. Les systèmes d'IA apprennent du comportement humain. Leurs modèles sont alimentés par nos contenus. Leurs réponses sont entièrement façonnées par la société qu'ils servent. ChatGPT, OpenAI et leurs semblables reflètent ce que nous valorisons, ce que nous recherchons et ce que nous tolérons.
En clair, une machine entraînée sur un internet saturé de pornographie reproduira inévitablement la même logique : le désir sans retenue, l'intimité sans respect, le sexe sans amour.
C'est dans ces paradoxes que le danger pour les jeunes catholiques devient criant. La pornographie n'est plus un tabou. De nombreuses études suggèrent que l'âge moyen de la première exposition se situe désormais entre 11 et 13 ans, les adolescents suivant l'exemple de leurs films pour adultes préférés plutôt que de s'informer sur les relations saines par le biais de l'éducation sexuelle. À l'âge adulte, une large majorité d'hommes, et une proportion croissante de femmes, déclarent en consommer quotidiennement. Des enquêtes menées au Royaume-Uni et aux États-Unis montrent régulièrement qu'environ un jeune homme sur cinq décrit sa consommation de pornographie comme compulsive, tandis que la hausse des violences conjugales et des homicides liés à des pratiques sexuelles brutales est associée à la pornographie extrême et au sadisme sexuel.
L'attitude binaire de l'Église face à la pornographie est parfois tournée en ridicule, jugée dépassée et déconnectée des réalités modernes. Pourtant, il devient de plus en plus évident que Rome a vu juste. Le Catéchisme ne se contente pas de condamner la pornographie ; il nomme ses effets. Elle « réduit les personnes à des objets » et « porte gravement atteinte à la dignité de ceux qui y participent ».
Il ne s'agit pas d'abstractions. Pasteurs, enseignants et parents en constatent quotidiennement les conséquences : augmentation des problèmes de santé mentale, dysfonctionnements sexuels et perceptions déformées des relations. Une honte sourde mais omniprésente qui éloigne de nombreux jeunes des sacrements.
Il ne fait aucun doute que nos habitudes de consommation façonnent nos désirs, et que nos désirs façonnent la personne que nous devenons. L'influence de l'environnement et des médias sur le développement précoce est bien documentée. Les paroles du Christ dans le Sermon sur la montagne sont particulièrement éclairantes à cet égard.
« Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère avec elle dans son cœur » (Matthieu 5, 28). La pornographie deepfake intensifie toutes les influences culturelles négatives déjà présentes dans la société moderne. Elle supprime toute trace de réciprocité et enseigne que la satisfaction sexuelle est un dû, un droit que l'on peut s'approprier à volonté. Il n'y a plus personne à prendre en compte. Aucune possibilité de consentement mutuel ni de responsabilité morale. Les personnes deviennent des images à consommer, à produire et à jeter à la demande.
Pour un jeune qui découvre encore ce qu'est l'amour, c'est profondément déformant. Cela détourne l'imagination des relations pour la tourner vers le contrôle, et les dégâts ne se limitent pas à ceux qui la consomment.
La grande majorité des contenus pornographiques truqués (deepfakes) ciblent les femmes. Dans le cas du récent scandale Grok, des femmes ordinaires ont vu leurs images volées sur les réseaux sociaux par des utilisateurs anonymes et ont été sexualisées sans leur consentement. Voir son image ainsi pervertie est comparable à une forme d'effacement. Et tandis que de jeunes catholiques comme moi s'efforcent de vivre dans la chasteté, notre culture hyperconnectée nous incite précisément à aller à l'encontre de cette vision.
Pourtant, la vision chrétienne de la sexualité n'est pas fondée sur la peur, mais sur l'espérance. Elle affirme que le désir peut être purifié plutôt que satisfait, guéri plutôt que nié.
« Heureux ceux qui ont le cœur pur », dit le Christ, « car ils verront Dieu » (Matthieu 5, 8). La pureté, ici, n'est pas de la naïveté, mais une lucidité de regard. C'est la capacité de voir autrui tel qu'il est réellement, non comme un instrument de désirs égoïstes, mais comme une personne.
Le scandale Grok s'estompera, et une autre plateforme reproduira ses perversions, même si les filtres de contenu sont renforcés. Mais une limite a été franchie, marquant un nouveau tournant dans le déclin moral de la culture du XXIe siècle et soulevant une question désormais incontournable : quel genre de personnes formons-nous, et à quel genre de relations les préparons-nous ?
Si l’Église est sincère dans sa volonté de défendre la dignité humaine, elle doit parler ouvertement de la pornographie et la condamner sans équivoque. Aucun algorithme ne peut apprendre à un jeune à aimer. Cette tâche incombe toujours aux familles, aux paroisses et à une Église prête à s’opposer aux maux d’Internet.