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Une militante hongkongaise exilée au Royaume-Uni s'est dite jeudi « choquée et terrifiée » après avoir découvert que ses voisins avaient reçu des lettres contenant des images à caractère sexuel la représentant, générées par intelligence artificielle.
Carmen Lau, 30 ans, militante pro-démocratie et ancienne conseillère municipale à Hong Kong, estime que ces lettres, qui font l'objet d'une enquête policière, constituent la dernière tentative de la Chine pour l'intimider.
Comme plusieurs autres réfugiés hongkongais de premier plan au Royaume-Uni, Mme Lau a appris en début d'année que ses voisins avaient reçu des lettres les incitant à la dénoncer à l'ambassade de Chine, avec des récompenses s'élevant à plusieurs dizaines de milliers de livres sterling.
Le 11 novembre, Joshua Reynolds, son député de Maidenhead, une ville située à l'ouest de Londres, l'a informée avoir été averti par des habitants que « de nouvelles lettres avaient été déposées devant leurs portes », a déclaré Mme Lau à l'AFP.
Les enveloppes portaient un timbre de la région chinoise de Macao, a-t-elle précisé.
L'AFP n'a pas pu consulter de copie des lettres.
« Il y a cinq photos de moi, où l'on me voit nue ou en sous-vêtements, et où l'on laisse entendre que je suis une travailleuse du sexe », a déclaré Lau.
Les lettres contenaient également des informations personnelles comme son nom, sa taille, son poids et un message qui ressemblait à une annonce pour une travailleuse du sexe, « une sorte d'invitation à venir chez moi », a-t-elle expliqué.
« J'étais choquée et terrifiée, mais aussi très en colère », a-t-elle confié lors de l'entretien téléphonique.
« Même maintenant, j'hésite à aller en ville, car Maidenhead est une toute petite ville, et je n'ai aucune idée de l'ampleur de la diffusion de ces photos, ni de ce que les gens ont pu penser. »
Elle a depuis quitté son logement, comme après avoir reçu les premières lettres, mais elle a confié que le « fardeau psychologique » était le pire.
Elle a déclaré qu'il s'agissait d'une « guerre psychologique pour nous empêcher de continuer notre activité ».
En décembre 2024, la police de Hong Kong a offert une prime d'un million de dollars hongkongais (environ 130 000 dollars américains) pour toute information menant à l'arrestation de Lau et de cinq autres militants basés à l'étranger et accusés d'atteintes à la sécurité nationale.
« Communications malveillantes »
La dissidence politique à Hong Kong est réprimée depuis l'imposition par Pékin d'une loi draconienne sur la sécurité nationale en 2020.
Reynolds, qui a confirmé les dires de Lau, a déclaré que les efforts de Pékin pour intimider et menacer les Hongkongais comme elle sont « absolument grotesques ».
« Le gouvernement ne peut pas fermer les yeux sur la sécurité des Hongkongais dans notre pays », a-t-il déclaré à l'AFP.
« Il faut prendre des mesures décisives pour montrer que nous ne tolérerons pas la campagne de répression internationale menée par Pékin. »
Un porte-parole de l'ambassade de Chine au Royaume-Uni a rejeté ces allégations.
« Nous avons pris connaissance du rapport », a déclaré le porte-parole. « Cette histoire paraît étrange », a-t-il ajouté, précisant qu'il ne s'agissait que du récit de Lau.
Un porte-parole de la police de la vallée de la Tamise a indiqué que les agents enquêtaient sur des signalements d'« infraction de communication malveillante » impliquant des « images retouchées numériquement ».
Un porte-parole du gouvernement britannique a déclaré : « La sécurité des Hongkongais au Royaume-Uni est primordiale. »
« Nous encourageons toute personne ayant des inquiétudes à les signaler à la police. »